Yes !

Comédie musicale 3 actes de Maurice Yvain lyrics d'Albert Willemetz, livret de Pierre Soulaine & René Pujol

Je retrouverai Paris en allant à Londres


L'argument

Maxime Gavard est un viveur effréné, fils du roi du Vermicelle qui veut le marier de force à Marquita, exotique beauté et riche héritière de Valparaiso. Le jeune homme est effondré. Son cœur est déjà pris - par Mme de Saint Eglefin, femme du monde - mariée. Maxime réfléchit... et pense à Totte, sa nouvelle manucure ; Il lui propose le mariage blanc ; sidérée, elle accepte... à la fois déçue et ravie - car elle n’est pas insensible au charme du séduisant Maxime. Totte et Maxime iront a Londres pour y dire : Yes! puisque l’on peut s’y marier sans préalables administratifs. Gavard père en est furieux.
Madame de Saint Eglefin attend Maxime, qui lui a donné rendez-vous au Touquet à son retour de Londres. Mais à l’arrivée des mariés, elle constate, dépitée, que les nouveaux époux sont amoureux l’un de l’autre... Gavard père quant à lui a épousé Marquita, et il maudit Maxime, lequel, à ses yeux, ne peut rester l’époux d’une simple manucure. Si ce mariage n’est pas rompu, Gavard coupera définitivement les vivres à son fils - lequel est très alarmé : Londres l’a ruiné. Il n’en faut pas plus à Maxime, affolé à l’idée d’être sans le sou, pour accéder à la demande de son père. Mais la chose n’est pas si aisée car la loi n’admet que trois motifs de divorce : la non-consommation, les coups et blessures devant témoins, et l’adultère de la femme... Totte apprend que Maxime ne l’a épousée que pour échapper à la volonté de son père et rester l’amant de Mme de Saint Eglefin, Blessée, elle accepte le chèque que Gavard lui fait en échange d’une preuve d’adultère, devant témoins, autorisant ainsi le divorce. Aussitôt dit, aussitôt fait : elle provoque un scandale qui met la jet-set du Touquet au cent coups.
Le père autoritaire de Maxime s’est mis en tête de marier son fils à Mme de Saint Eglefin, après avoir obtenu son divorce... Totte paraît, convoquée par Gavard afin de régler les derniers détails. Gavard a fait faire une enquête sur Totte : elle serait une Messaline... Mais il apparaît que le détective s’est trompé de Mme Gavard : c’est sur Marquita qu’il a enquêté ! Celle-ci redoute que ce malentendu ne se dissipe, et enjoint Totte de tout prendre à son compte... Totte n’a plus rien à perdre, elle accepte l’offre.
Maxime et Totte se retrouvent face à face : l’Amour reprend ses droits. Les intrigues se dénouent, sans dommage pour les maris trompés, et au grand soulagement de Marquita et Mme de Saint-Eglefin. Dans un accès de bonté inattendu, Gavard comprend combien Totte aime son fils et se réconcilie avec Maxime - tout en exigeant de lui très vite des enfants d’un format qu’il définit lui-même...

Restaurer la version originale 2 pianos

La version originelle écrite pour Kartun & Raffit est réputée perdue. Il est même probable qu’elle n’existât jamais comme une partition éditée : en effet, Léon Kartun (1895-1982) était un pianiste virtuose issu de la classe de Diémer au Conservatoire, et cumulait sa qualité de pianiste avec celle d’arrangeur/orchestrateur et chef d’orchestre (c’est d’ailleurs à Kartun que la direction musicale de Yes! est créditée) . L’arrangement alla Wiener de la partition d’Yvain, selon toute vraisemblance, lui est due (probablement en collaboration avec le compositeur, lui-même remarquable pianiste). Ce principe suit l’habitude des théâtres privés pour les oeuvres de théâtre musical représentées : les orchestrations actuellement disponibles sont des «orchestrations d’éditeur» de grand format (la version avec orchestre de Yes!, réalisée ultérieurement, est écrite pour 17 parties instrumentales réelles, soient environ 35 musiciens), pour l’exploitation des ouvrages en province — les théâtres municipaux y entretiennent un orchestre qu’il faut employer — tandis que les fosses des théâtres privés parisiens exigent des orchestres réduits, entre 9 et 14 musiciens selon les salles. La plupart de ces orchestrations réalisées pour la création ont disparu, remplacées à l'édition par des versions aux plus larges dimensions orchestrales.
La reconstruction du deux pianos original est réalisée par Jean-Yves Aizic, sous la supervision et d’après les sources fournies par Christophe Mirambeau (publication par les Éditions Salabert-Universal Music Publishing Classical France).
Les sources, sont, en l’occurence, les enregistrements d’extraits de l’oeuvre sous le label Pathé par les chanteurs créateurs accompagnés par Kartun & Raffit, les enregistrement de 2 titres par Milton accompagné par le compositeur Georges Van Parys et Pierre Chagnon (éminent chef d’orchestre du Casino de Paris et des théâtres privés d’entre-deux guerres), et enfin par deux faces Odéon ou Kartun & Raffit interprètent à deux pianos la Valse de l’Adieuet Ou- Ou.
Quelques titres enregistrés par Wiener & Doucet, dédicataires de l’oeuvre, tels les extraits de la comédie musicale Lulu de Georges Van Parys, ont pu également servir d’étalon. Il a été ainsi défini les principes stylistiques et les options d’arrangement de Kartun et Yvain pour les deux pianos.
Les numéros dont il n’existe pas de sources enregistrées en 1928 ont pu être réalisés à l’identique grâce aux conclusions dégagées de l’analyse précise des enregistrements originaux.

La note d'intention

Revivifier ce chef d’oeuvre ignoré du musical français est un challenge passionnant, qui ne s’arrête pourtant pas à la simple question du « montage » de l’oeuvre. Le travail préparatoire et l’angle d’interprétation de Yes! s’envisagent de même que sur le travail du répertoire baroque ou de l’opéra français du XIX° siècle — historicité, compréhension du contexte de création, recréation des codes expressifs et formels propres à ce répertoire de la comédie musicale française d’entre-deux guerres.
Il s’agit de retrouver un style, très étranger à ce qu’on appelle de nos jours « l’opérette » — celui de la comédie musicale parlée chantée, écrite pour des comédiens-chanteurs et des chanteurs-comédiens, mêlés au sein d’une même distribution.
Il s’agit de retrouver le « dire » des numéro musicaux, qui fait écho aux scènes de comédie parlée, de trouver cette qualité d’expression à mi-chemin entre le chant lyrique et la chanson.
Il s’agit de travailler « au texte », avec la précision que l’on accorde à un manuscrit à l’occasion d’une création, sans aucun préalable hors la matière elle-même.

L’objet Yes ! révèle ses qualités dès la première lecture : fantaisie affirmée d’une comédie bourgeoise dans la grande tradition du Vaudeville renouvelé des Feydeau et autres Flers & Caillavet. À des dialogues bien troussés répondent des lyrics hautement spirituels et raffinés, l’ensemble étant porté par l’élégante partition de Maurice Yvain, conçue pour deux pianos à la manière de Wiener & Doucet.
L’oeuvre procède de la nouvelle façon de faire du musical, initiée par Albert Willemetz à partir de Dédé (1921) pour Maurice Chevalier : l’action y est contemporaine, et la vie y est explorée non pas telle qu’elle est, mais telle qu’elle devrait être. Les paramètres s’inversent : les difficultés du réel deviennent accessoires, et seules les questions de l’amour, des relations humaines et du plaisir occupent le premier plan. Ce miroir inversé raconte une société française qui trouve ses résonances dans notre monde contemporain.
Yes! est une comédie solide, qui exige un traitement théâtral loin des formulations « opérette » qui ont tué le genre — c’est à dire cette mauvaise habitude où l’on ne fait qu’expédier les dialogues pour aller de numéros musicaux en numéros musicaux, eux-même souvent traités en numéros de danse déconnectés du propos — qui s’apparenterait plutôt à un travail de direction d’acteur et la construction des personnages comme des situations.
Dès lors, le recours au folklore décoratif « Années folles » devient parfaitement superflu, et la réussite du spectacle repose sur la direction d’acteurs et le talent des artistes — nul besoin du cache-misère de la robe à franges et du chapeau cloche, le geste scénographique et les signes de costumes ne sont plus que le soutien de la comédie. Yes! trouve alors sa fraicheur et son charme intrinsèques, feu d’artifice de fantaisie et d’humour — et même d’humour musical — The toast of Paris — l’esprit d’un Paris mythique et d’une France idéale

Christophe Mirambeau

  • Ouvrage créé le 27 janvier 1928 au Théâtre des Capucines
    Durée : 2h30 avec entracte
  • L'équipe artistique

    Direction musicale : Jean-Yves Aizic

    Mise en jeu : Christophe Mirambeau
    Chorégraphie : Caroline Roëlands
    Costumes : Quentin Gianora
  • La distribution

    TotteSandrine Buendia
    Lucette de Saint-EglefinLéovanie Raud
    ClémentineKarine Godefroy
    MarquitaCharlène Duval
    Loulou > Lady WinchestonAnne-Aurore Cochet ou Mylène Bourbeau
    Mme BardaneDorothée Thivet
    Une secrétaireMarion L'Héritier

    Maxime GavardGuillaume Durand
    CésarJeff Broussoux ou Guillaume Paire
    Roger > RégorEmilien Marion
    M. de Saint-EglefinAlexandre Martin-Varroy
    Gavard pèreVincent Vantyghem ou Romain Dayez
    LoyselOlivier Podesta
  • Les 2 pianistes

    Michael Ertzscheid & Nicolas Royez
  • Du 07/01/16 au 21/10/17

Comptes rendus de presse

L'Avant-Scène Opéra

11 octobre 2017 – « En direct de »

On avait manqué cette production lors de sa création au Café de la Danse en janvier 2016. Il fallait réparer l’injustice. Car non seulement Yes ! est un bijou de comédie musicale, mais son interprétation dans la production des Frivolités Parisiennes est tout simplement jubilatoire.
[…] les interprètes font une fête à la partition, à force de talents judicieusement complémentaires. A commencer par Nicolas Royer et Michaël Ertzcheid qui rendent justice à la version originale pour deux pianos, où Yvain réclame autant de virtuosité que de tact : déferlantes perlées, pédale mesurée, équilibres soyeux, bravi ! Sous leurs regards (et leur oreille !) attentifs, la troupe d’acteurs-chanteurs partage une même énergie (un brin impatiente chez Alexandre Martin-Varroy, très tenté par l’anticipation !, mais qui assume un Monsieur de Saint-Eglefin joliment content de lui), brosse un portrait de groupe où le travesti hyper-femme (Charlène Duval, vrai panache !) croise le jeune fat (Emilien Marion, qui a les moyens de jouer le ténor-de-ces-dames), entre grand patron inhumain-qui-découvrira-la-tendresse (Julien Clément, belle autorité vocale pour son entrée en scène digne d’un Méphisto mégalo) et jeune héritier écrasé-par-papa (Guillaume Durand, dont le jeu plus ténu sert finalement le personnage). Qu’importent les quelques faiblesses parfois décelables : elles disparaissent sous l’esprit piquant de l’ensemble. Il faudrait citer toute l’équipe, mais la plus remarquable est sans doute Sandrine Buendia, qui dessine une Totte sensible et lyrique. Outre des registres intacts et homogènes (ce qui est rare dans le parlé/chanté), son timbre pulpeux, sa technique maîtrisée (mezza voce délicate, vibrato parfaitement dosé), sa diction superlative et sa présence rayonnante donnent envie de la réentendre plus souvent, et dans d’autres répertoires.
Avec peu de moyens techniques, la mise en scène de Christophe Mirambeau fait mouche, privilégiant une direction d’acteurs au rythme comique soigneusement chronométré. La mise en espace et la chorégraphie ménagent quelques effets sympathiques et les costumes évoquent les années vingt, leur côté graphique et déluré, les mâtinant de jupes « crayon » plus modernes.
On rit, on admire, on est heureux d’avoir passé la soirée avec une œuvre délicieuse et délicieusement mise en valeur par de jeunes talents qui ne cèdent rien à la facilité supposée de ce répertoire. […]

Chantal Cazaux lire la parution originale

La Lettre du musicien

12 octobre 2017 – « Les Frivolités parisiennes redonnent vie à Yes ! de Maurice Yvain »

Après Gosse de riche du même Yvain en avril, la compagnie spécialisée dans la redécouverte des trésors de la musique légère du début du siècle revient avec ce qui reste comme l’un des chefs-d’œuvre du duo historique de compositeur et de parolier : Maurice Yvain et Albert Willemetz [pour] Yes ! […]
Sur scène, quel bonheur de retrouver quelques-uns des artisans du succès de Gosse de riche et qui nous ont de nouveau régalés, à commencer par Olivier Podesta en Loysel, homme à tout faire du père Gavard, que les humiliations permanentes ont rendu malin et irrésistiblement obséquieux. Qui d’autre pouvait mieux incarner la gourmande Marquita Negri que Charlène Duval, célèbre travesti parisien dégingandé ? D’un point de vue vocal, la palme revient quand même à Sandrine Buendia, merveilleuse soprano en Totte, aussi bonne gouailleuse montmartroise dans le rôle parlé que chanteuse délicate et sensuelle. Comédienne jusqu’au bout des ongles, il y avait la Lucette de Saint-Eglefin, pimbêche incarnée avec un plaisir gourmand par Léovanie Raud, la Clémentine faussement naïve de Karine Godefroy, un Gavard solidement arrimé dans le baryton de Julien Clément et Alexandre Martin-Varroy, très drôle dans la peau du nigaud Saint-Eglefin. Parmi les belles voix masculines, retenons celle du fils Maxime, chanté par Guillaume Durand, celle de Guillaume Paire, profonde, claire et très expressive dans le rôle de César, et enfin celle d’Emilien Marion, campant avec beaucoup de talent son coiffeur-artiste ridiculement prétentieux !
Il ne manquait, pour couronner cette production de succès, qu’une mise en scène énergique, volontiers caricaturale, jouant sans cesse sur les effets de groupes, les entrées et des sorties réglées au cordeau et au pas de course. On l’a eue, signée de Christophe Mirambeau ! Mais rien de tout cela n’aurait pu fonctionner sans l’abnégation, le talent et le courage des deux pianistes Nicolas Royez et Michaël Ertzcheid, qui ont ressuscité avec brio la version pour deux pianos de Yes !, façon Clément Doucet et Jean Wiener. Et si l’on retournait voir ce spectacle ? Nous, on dit Yes !

Clément Rochefort lire la parution originale

forumopera.com

8 janvier 2016 - « Yes indeed, Yes we can »

Le spectacle est une réussite totale : la restitution de la version initiale pour deux pianos est totalement convaincante, la mise en scène imprime à cette soirée un rythme qui ne se relâche pas une seconde, et les chorégraphies sont parfaitement maitrisées. Composée de brillants chanteurs-acteurs, la distribution ravit. [...]
Encore deux représentations, mais il faut espérer qu’il y en aura bientôt d’autres. Toute absence serait injustifiable, et vous regretterez longtemps de ne pouvoir dire vous-même : « J’étais là, telle chose m’advint »

Laurent de Bury lire la parution originale

franceinfo

7 janvier 2016 – « retour aux années folles »

Des voix d’opéra, comme la soprano Sandrine Buendia qui interprète la jeune première, des acteurs de comédie musicale, comme Léovanie Raud qu’on a vu dans La Belle et la Bête à Mogador, et des comédiens-chanteurs. Le décor est sobre, un échiquier noir et blanc au sol et quelques cubes.
La musique l’est aussi : deux pianos, exactement comme à la création en 1928. Tout tient dans les dialogues, le comique de situation et les entrainantes chorégraphies de Fox trott et de Charleston signées Caroline Roelands.
Yes, c’est léger, absurde et ça ne peut nous faire que du bien.

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A Nous Paris

4 janvier 2016 – « Sorties »

La savoureuse galerie de portraits de Yes ! et l’énergie de son propos promettent de faire merveille dans les mains des talentueux chanteurs-comédiens des Frivolités Parisiennes. Fin connaisseur de ce répertoire, Christophe Mirambeau signe la mise en scène d’un ouvrage donné dans sa version originale pour deux pianos. De la vitamine C sonore !

Alain Cochard lire la parution originale

La Croix

2 janvier 2016 – « Dites oui à Yes ! »

La musique virevolte, non sans faire de l’oeil au grand opéra, et le théâtre tantôt s’emballe, tantôt laisse passer un souffle de tendresse. C’est la version originale pour deux pianos et voix que les Frivolités ont choisie, sous la direction de Jean-Yves Aizic et dans une « mise en jeu » de Christophe Mirambeau.