La Sirène

Opéra-comique en 3 actes de D.-F.-E. Auber sur un livret d'Eugène Scribe

- Quoique dans la famille on eut l'air de me traiter d'imbécile, j'ai fait mon chemin et ma fortune dans les arts.
- Vous les cultivez, monsieur ?
- Pas si bête ! je les exploite...


Résumé de l'intrigue

L'intendant des théâtres de Naples, Nicolaio Bolbaya, cherche une prima donna pour sa troupe. Or, dans cette région des Abruzzes, on ne parle plus depuis quelque temps que d'une voix merveilleuse dans la montagne. Le Duc de Popoli a quant à lui reçu pour mission de capturer le chef d'un florissant commerce de contrebande, dont il ne connaît que le nom : Marco Tempesta. Il s'en ouvre justement à l'intéressé, qui se fait appeler Scopetto. Ce rusé hors-la-loi profite de la circonstance pour exercer un chantage à propos d'un autre héritier au titre de Duc, fixe à son ennemi un rendez-vous avec la sirène pour recouvrer des papiers compromettants contre rançon, et substitue à son signalement le portrait de Scipion, un capitaine de marine qui est également à ses trousses.

Scipion et Bolbaya partent alors à la recherche de la sirène, l'un parce qu'il croit reconnaitre la voix aimée, l'autre parce qu'il la veut pour son théâtre. Ils arrivent ainsi à l'auberge des contrebandiers, où ils ont bientôt rejoints par le Duc et ses cinquante chasseurs calabrais, qui reviennent bredouille du rendez-vous. Scopetto fait alors passer ses compagnons pour les acteurs de la troupe de Bolbaya : la démonstration vocale de sa soeur Zerlina convainc le Duc. Scipion est arrêté en lieu et place de Scopetto.

Toujours déguisés en chanteurs, les contrebandiers organisent le pillage du palais de Pescara, tandis que Zerlina délivre Scipion (ils sont épris l'un de l'autre depuis l'enfance). Par amour pour elle, il protège la fuite des brigands, mais le Duc revient plus tôt que prévu d'une entrevue à Naples. On prétexte alors la répétition d'un opéra, Ali Baba et les quarante voleurs, pour gagner du temps et mettre le butin en lieu sûr. Faisant à nouveau pression sur le Duc grâce à des documents trouvés dans son cabinet, Scopetto parvient à s'assurer une sortie, avant de donner Zerlina en mariage à Scipion (dont il s'avère qu'il est le prétendant légitime au duché). Sur ces entrefaîtes, une délégation de Naples encercle le palais et empêche Scopetto de s'enfuir. Zerlina chante, et un à un tous les soldats désertent leur poste pour venir l'écouter. Scopetto s'échappe !

PG

Note d'intention

L'oeuvre a été jouée une centaine de fois à l'Opéra-Comique au cours des deux premières saisons d'exploitation, et chacun y va de son pot-pourri, à commencer par le compositeur Adam. C'est un succès typiquement dans le goût français : le compositeur Lortzing aime La Sirène, mais le public allemand non, et elle n'est même pas jouée à Vienne (1). Heinrich Heine définit l'ouvrage comme un divertissement idéal (et l'abhore donc)…
« Des bravos éclatants ont accueilli […] La Sirène […]. L’auteur et le compositeur […] savent nous amuser agréablement et parfois même nous enchanter ou nous éblouir par les lumineuses facettes de leur esprit […] ; par leur sourire ils effacent de notre mémoire les cauchemars du passé, toutes les histoires de revenants qui nous oppressaient le coeur, et par leurs caresses coquettes ils écartent de notre front, comme avec un gentil chasse-mouches de plumes de paon, les bourdonnantes pensées de l’avenir. » (2)
On trouve cependant dans La Sirène des passages fort dramatiques, qui ne sont pas sans rappeler Le Guitarrero d'Halévy, et des modulations osées par lesquelles Auber convoque le merveilleux, comme dans Le Cheval de bronze. Nombre d'ariettes sont intégrées dans les scènes d'ensemble et les finales, ce qui confère à l'action un rythme très ramassé, très efficace.
Les possibilités vocales de Mlle Lavoye, créatrice du rôle-titre, sont impressionnantes : les contre-ré émaillent la partition, et les traits diatoniques et chromatiques fusent de toute part. C'est surtout sa partie qui réclame une grande invention dans les variations mélodiques, et l'improvisation de points d'orgues ornementaux. Comme l'indique le titre de l'ouvrage, il lui revient de captiver les auditeurs aussi bien que les personnages par sa voix. Le ténor Gustave Roger tire son épingle du jeu avec des cadences grâcieuses, mais surtout des motifs très bien ciselés, quoique peu développés. Son collègue Audran écope du duo d'amour, car il n'a pas encore la maîtrise des innovations techniques nécessaires à interpréter le rôle principal, plus vaillant (3) - il y reviendra quelques années plus tard (4).
Le trio de barytons (un Trial peureux et fanfaron, une basse chantante redoutable mais tournée en ridicule, un bandit sombre et vindicatif laissé dans l'ignorance des machinations) apporte des enjeux importants en même tant qu'une touche bouffonne. Les choeurs ont une partie très intéressante à jouer et des interventions aussi brèves que caractérisées. Nous utilisons un matériel ayant servi aux représentations du Théâtre des Arts de Rouen du 14 avril 1845 au 27 juin 1849 au moins.

PG

1 Voir Matthieu Cailliez, La Diffusion du comique en Europe à travers les productions d’opere buffe, d’opéras-comiques et de komische Opern (France - Allemagne - Italie, 1800-1850), thèse de doctorat, Université Paris-Sorbonne, 2014, p. 554 et 673. On apprend également par cet auteur que le livret de La Sirène connut 9 éditions en Allemagne entre 1844 et 1900 (ibidem, p. 218).
2 Heinrich Heine, Lutèce : lettres sur la vie politique, artistique et sociale de la France, [1855], Paris : La Fabrique, 2008, p. 448
3 « Cette nouvelle création rend désormais [Roger] aussi indispensable à l'Opéra-Comique que l'était naguère Duprez à l'Opéra » (Jules Lovy, « Bulletin dramatique », Le Ménestrel, 7 avril 1844, n.p.)
4 « [Audran] reparaîtrait à Paris [...] en jouant et chantant le rôle de Roger dans la Sirène, d'Auber ; il prouverait ainsi qu'il peut, au besoin, se faire distinguer dans les forts ténors, lui que l'on connaît déjà comme un charmant ténor léger. » (Benoît Jouvin, « Petite Chronique », Le Figaro, 11 février 1855, p. 6)

  • Ouvrage créé le 26 mars 1844 à l'Opéra-Comique
    Durée : 2h30 avec entracte
  • L'équipe artistique

    Direction musicale : David Reiland
    Etudes musicales : Benjamin Laurent
    Conseil musical : Pierre Girod

    Mise en scène : Justine Heynemann
    Assistanat à la mise en scène : Pascal Neyron
    Scénographie : Thibaut Fack
    Costumes : Valérie Ranchoux
    Création lumière : N.N.
    Maquillage : N.N.
    Affiche : Pénélope Belzeaux
  • La distribution

    ZerlinaJeanne Crousaud
    Mathéa, servante de feu le frère de BolbayaDorothée Lorthiois
    Francesco, dit Scopetto, dit Marco TempestaXavier Flabat
    Scipion, capitaine de la tartane l'Etna, fils de Maria VerganiJean-Noël Teyssier

    Le Duc de Popoli, gouverneur des Abruzzes, frère cadet du mari de Maria VerganiJean-Fernand Setti
    Nicolaio Bolbaya, directeur des spectacles de la courBenjamin Mayenobe
    Pecchione, compagnon de ScopettoLaurent Herbaut
    Le Grand-Jugerôle parlé
    Choeurs de soldats et contrebandiersLes Métaboles, dir. Léo Warynski
  • Les instrumentistes

    Orchestre des Frivolités Parisiennes
  • Du 26/01/18 au 25/03/18