Bonsoir, M. Pantalon !

Opéra-comique en 1 acte d'Albert Grisar sur un livret de MM. Lockroy et Morvan

Trois femmes, un amant : deux cadavres sur les bras ! Ici tout le monde passe par la fenêtre et il faut se méfier des bouteilles qui traînent… Venise comme vous ne l’avez jamais vue !


L'argument

Lélio est un jeune premier bien entouré : la mère, la fille et la suivante sʹintéressent toutes à sa sérénade ! Le frivole trio féminin est aux prises avec un canevas bien connu : Isabelle doit épouser un inconnu pour complaire à son père, mais sous le nom honni se cache en réalité lʹamoureux secret quʹelle chérit en son coeur. Au cours de cette fière pantalonnade, on jettera force malles par la fenêtre et lʹon redoutera fort lʹintervention de la police, dʹoù de multiples rebondissements, quiproquos et scènes de suspens dʹanthologie…

Les sources

Traduite en anglais et représentée à Londres (avec Lélio en travesti), jouée plus de deux cents fois à l'Opéra-Comique dans les dix années suivant sa création le 19 février 1851, la partition de Bonsoir, M. Pantalon ! était encore utilisée comme lever de rideau par la troupe du Grand-Théâtre de Genève en tournée à Lausanne en 1888. En effet, ce type de petit acte avait vocation à être interprété en remplacement d'une autre pièce, ou par les acteurs qui tiennent les principales parties du gros morceau de la soirée, c'est-à-dire de l'opéra-comique en deux ou trois actes qui suit. Cette plasticité est ouvertement revendiquée, puisque la partition porte la mention explicite : « les auteurs laissent MMrs les directeurs de théâtre libres de distribuer les rôles de l'ouvrage suivant la composition de leur personnel. »
Comprenons que ce genre de pied-levé implique une économie de moyen dans la machinerie théâtrale et les costumes, puisque par définition rien n’a été anticipé. On fait donc avec les moyens du bord, en concentrant les efforts sur le jeu d’acteur et les qualités intrinsèques de la pièce. Réputée ardue, notamment pour les cordes, l'orchestration joue un rôle majeur dans la dramaturgie du finale. L’opportunité d’utiliser un matériel rouennais d’époque simplifie beaucoup la démarche puisque les parties sont gravées avec un luxe d’indications caractéristique de l’édition parisienne du XIXe siècle.

PG

  • Du 28/01/15 au 29/01/15
  • Ouvrage créé le 19 février 1851 à l'Opéra-Comique
    Durée : 1h15 sans entracte
  • L'équipe artistique

    Direction musicale : Nicolas Simon
    Etudes musicales : Pierre Girod
    Chef de chant : Juliette Sabbah

    Mise en scène : Damien Bigourdan
    Maquillage : Aline Naessens
    Création lumière : N.N.
  • La distribution

    ColombineAnne-Aurore Cochet
    IsabelleClara Schmidt
    LucrèceAlicia Haté
    LélioJeanne Dumat
    Le DocteurAlan Picol
    M. PantalonVincent Vantyghem
    Deux porteursThibaut Thézan - Jaoued El Hirach
  • Les instrumentistes

    Violon soloSimon Milone | 1ers violonsManon Philippe - Fabien Valenchon | 2nds violonsThibaut Maudry - Florian Perret | AltoHélène Barre | VioloncelleCélia Boudot | ContrebasseBaptiste Andrieu | FlûteJulie Brunet-Jailly | HautboisDamien Fourchy | ClarinetteMathieu Franot | BassonBenjamin El Arbi | CorCédric Muller | CornetBastien Debeaufond | OphicléidePatrick Wibart | TromboneMarc Abry | Timbales et percussionsMatthieu Chardon

Comptes rendus de presse

concertclassic

25 février 2015– « Un régal ! »

Pas curieux le public ? Mon œil ! Il s’est déplacé en nombre pour découvrir Bonsoir Monsieur Pantalon (1851) du Belge Albert Grisar (1808-1869) que Les Frivolités Parisiennes présentaient lors d’une unique représentation. La compagnie menée par Mathieu Franot et Benjamin El Arbi s’est fait une spécialité de la musique légère du XIXe siècle. L’annonce d’un nouveau spectacle des Frivolités est le gage d’une riante et insouciante soirée : celle-ci n’aura point dérogé à la règle.
Albert Grisar n’avait d’autre préoccupation que de distraire et – pour aggraver son cas en notre scrogneugneuse époque - aucun désir de révolutionner la musique. Désolé, pas de messsââââge, pas de concept. Mais avec quel métier, quel talent, quel piquant parvient-il à ses fins dans un opéra-comique en un acte originellement destiné à être monté en dernière minute en prélude à des ouvrages plus imposants.
C’est cet esprit « au pied-levé » que Le Frivolités parisiennes ont su trouver grâce à la mise en scène de Damien Bigourdan dont le talent n’est plus à dire (dans un tout autre genre, il a signé on s'en souvient un mémorable Balcon d’Eötvös à l’Athénée au printemps dernier ; sûrement l’un des moments les plus remarquables de la saison lyrique 2013-2014 à Paris)
Trois bouts de ficelle, de l’imagination à revendre ; le tonus de sa direction d’acteur fait mouche et pas une seconde l’ennui ne guette la savoureuse pantalonnade du sieur Grisar. Les jeunes chanteurs, préparés au sein de l’Académie des Frivolités Parisiennes (Vincent Vantygehem, Anne-Aurore Cochet, Clara Schmidt, Alicia Haté, Jeanne Dumat, Alain Picol), se régalent et nous régalent. Les deux comédiens Thibaut Thézan et Jaoued El Hirach ne sont pas en reste, formant un désopilant tandem de porteurs façon caillera.
Quant au chef Nicolas Simon et aux instrumentistes des Frivolités Parisiennes (près d’une vingtaine au total, dont Mathieu Franot à la clarinette et Benjamin El Arbi au basson), ils restituent on ne peut mieux l’esprit insouciant et l’humeur enjouée d’une partition finement ouvragée.
Une seule représentation, hélas…

Alain Cochard

Crescendo

12 février 2015– « Bonjour Albert Grisar ! »

Née de la passion de deux jeunes musiciens professionnels, la compagnie des Frivolités Parisiennes s’est donné pour but de faire revivre l’opéra-comique, l’opéra bouffe et l’opérette du 19e siècle français. Vingt musiciens et quelques chanteurs parcourent des lieux divers (cette fois un théâtre donnant sur la place de Clichy, dans le 17e), avec de petites oeuvres aisées à monter et choisies dans un répertoire inépuisable où dorment tant de perles oubliées. Les années précédentes, nous avons ainsi pu voir et entendre L’Ambassadrice d’Auber et Le Petit Faust d’Hervé. Si Auber est célèbre, Hervé l’est moins. Que dire alors d’Albert Grisar, très inconnu au bataillon, lui (1808-1869) ? Sauf que nous savons qu’il est belge (une rue porte son nom à Anderlecht) et que, comme Grétry ou Franck, il a passé toute sa vie à Paris. Il y a connu un beau succès en tant que compositeur d’opéras-comiques dans les années 1850, avec Les Porcherons, Gilles ravisseur, ou ce Bonsoir Monsieur Pantalon créé à la salle Favart en 1851. Elève de Reicha puis de Mercadante, il collabora avec Boieldieu et continua à écrire dans ce style alors même qu’il était devenu un peu désuet. Comme cet autre oublié qu’est Ferdinand Poise, Grisar appartenait à un autre temps. Le 21e siècle le repêche, pour notre plus grand bonheur.
La distance historique permet d’apprécier plus objectivement la valeur de ce petit bijou perdu. Le livret est classique : Isabelle doit épouser un inconnu pour obéir à son père, mais il s’agira en fait de Lelio Pantalon, celui qu’elle aime. Tout finira bien, après force péripéties et quiproquos. Comme dans tout opéra-comique, on savoure des dialogues très amusants qui prennent environ la moitié de l’œuvre, laquelle dure un peu plus d’une heure. La musique lorgne vers Auber, vers Boieldieu surtout, Ma Tante Aurore, par exemple : mignons petits airs, duos et trios joliment troussés, finale endiablé sur le thème de « Bonsoir Monsieur Pantalon » !
Une soirée très plaisante, d’abord par la découverte d’une partition inconnue, mais aussi par l’incroyable énergie théâtrale et musicale des Frivolités Parisiennes. Dirigés avec passion par Nicolas Simon, les musiciens ont livré une belle prestation, après une ouverture un peu hésitante. Les vents se sont distingués, comme la clarinette de Mathieu Franot, le basson de Benjamin El Arbi ou l’ophicléide de Patrick Wibart. Mise en scène « théâtrale » de Damien Bigourdan. Formidable équipe de chanteurs aussi, dominée dès les premières mesures (sa sérénade) par le Lelio (rôle travesti) de Jeanne Dumat, soprano puissante et très à l’aise sur les planches. Mais il faut citer ses collègues et vraies comparses de jeu, Anne-Aurore Cochet, Clara Schmidt et Halicia Haté. Les hommes ont moins à faire, et se montrent avant tout excellents acteurs : amusant docteur d’Alan Picol et tardif mais truculent Pantalon père de Vincent Vantyghem.

Bruno Peeters