Gosse de riche

Comédie musicale 3 actes de Maurice Yvain livret et lyrics de Jacques Bousquet & Henri Flak

Avez-vous compris ?


L'argument

Le peintre André Sartène ne se contente pas de prendre au vol pour la fixer sur la toile la physionomie du bourgeois Achille Patarin ; il a pris aussi à ce nouveau riche sa maîtresse, la gentille Nane, et les deux amoureux espèrent roucouler à l’aise pendant un mois en l’absence de Patarin. Ce dernier a imaginé d’offrir à Nane un mari en location, nommé Mézaize ; ce couple fictif ira passer un mois de vacances dans la villa bretonne d’une certaine baronne Skatinkolowitz, où Patarin et sa femme doivent se trouver en villégiature.
Or, voici que dans l’atelier du peintre arrive une petite personne pétulante qui a ébauché une intrigue avec Sartène : c’est une jeune fille ultra-moderne ; elle demande sa main au peintre abasourdi. Nouvelle surprise de ce dernier lorsqu’il apprend que cette évaporée est Colette, la fille même de Patarin. Et Colette décide de faire inviter André en Bretagne par la très complaisante baronne. Tel est le premier acte limpide et joyeux de la pièce.

Tout ce monde, nous le revoyons dans le manoir de la bonne hôtesse, pour qui toutes ces opérations, tous ces rendez-vous, sont, vous vous en doutez, prétextes à pourcentages. Et maintenant, nous n’avons plus qu’à enregistrer les résultats de l’imbroglio : colère de Nane dès qu’elle apprend qu’André est chargé par la baronne d’amadouer Patarin en faveur d’un vidame de la région qui doit épouser Colette ; déconvenue de Colette quand lui est révélé le nom de la maîtresse du peintre qu’elle aime sincèrement ; et fureur de Patarin quand il se sait trompé.
Mais, au troisième acte, Colette est André se réconcilient ; il ne s’agit plus pour Patarin que d’obtenir le pardon de sa femme, de dissimuler à sa fille le rôle fâcheux qu’il a joué, et d’accorder la main de cette dernière à André.

d'après Louis Schneider, au lendemain de la première représentation

Contexte historique

La manière d’écrire, elle-même, se modifie. Albert Willemetz s'inspire du système américain et adapte le principe du Lyrics en France. Désormais le texte n’est plus préexistant à la musique mais se construit sur la musique. Les rimes se découpent sur la carrure musicale. Les champs sémantiques s’accordent au sujet contemporain et se modernisent d’autant. Le Théatre Daunou avait accueilli à l’orée de la saison 23/24 la nouvelle comédie de Jacques Bousquet (1883-1939) & Henri Falk (1881-1937), Phili.
Les deux auteurs écrivaient beaucoup en tandem depuis l’après Grande Guerre. Deux esprits parisiens cultivés et spirituels — Bousquet a notamment co-écrit avec RIP la très célèbre revue Très moutarde ! de 1914, Falk, avocat de formation, qui a publié en 1909 un essai juridique sur le droit d’auteur, a signé ses premières pièces à succès avant le conflit — qui ont déjà quelques comédies et livrets d’opérette — pour le délicieux compositeur Marcel Lattès—à leur actif.
Le Théâtre Daunou est un tout jeune théâtre : il a été construit en 1921 par Gustave Quinson, incontournable magnat du théâtre parisien. Quinson, déjà directeur des Bouffes Parisiens, en a donné les clefs à sa maîtresse, la grande comédienne Jane Renouardt (1890-1972), qui va présider aux destinées du théâtre jusqu’en 1939.
La belle Jane, future épouse de Fernand Gravey, jeune premier qu’elle va bientôt lancer dans son théâtre, demande aux auteurs de Phili, au lendemain du succès de la pièce, un nouveau livret d’opérette. L’idée de Gosse de riche est déjà dans la tête des deux artistes. Qui de mieux que Maurice Yvain, dont le Ta Bouche à triomphé au Daunou lors de sa création en 1922, pour en écrire la musique ? Bousquet & Falk répondent à l’invitation d’Yvain qui les convie dans son « Logis divin » du Cap d’Antibes pour écrire la pièce, qui sera non pas une « opérette », vocable générique traditionnel sous lequel on a défini depuis la guerre la nouvelle opérette, mais une « comédie musicale », en suivant l’exemple de Sacha Guitry, qui, le premier, a utilisé en France cette définition pour son Amour Masqué (André Messager) créé la saison précédente. « Comédie musicale » définit en effet plus clairement le style formel de « l’opérette moderne », et très spécialement Gosse de riche.
La pièce est rapidement troussée ; l’habileté de Falk & Bousquet alliée au savoir faire et à l’inspiration d’Yvain ont été déterminants. Jane Renouardt, enthousiasmée, reçoit définitivement l’ouvrage au Daunou pour l’y créer. Elle confie la mise en scène à l’une des premières vedettes d’un métier qui n’existe qu’à l’état d’embryon : Edmond Roze. Acteur-chanteur d’un irrésistible talent, il est aussi un metteur en scène à l’impeccable savoir-faire que les scènes parisiennes s’arrachent. La distribution associe les acteurs les plus à la mode du moment : Alice Cocéa, propulsée vedette depuis son incarnation corruscante d’ Aspasie dans Phi-phi en 1918, le jeune premier Henry Defreyn au physique très engageant et au charme vocal apprécié, la très aimée Jeanne Cheirel, actrice de caractère au comique imparable, la fantasque Christiane Dor, qui sait jouer les idiotes comme personne, aux côtés du comique Vibert, rondeur extravagante qui sait mettre le public en joie. Louis Blanche, grand acteur que le cinéma parlant couronnera, et Jane Loury complètent cette distribution de choix.
Jane Renouardt est aussi habile qu’intelligente ; elle sait comment caresser la Critique dans le sens du poil. Elle accueille les journalistes dans son théâtre lors des dernières répétitions, et leur demande de lui faire part de leurs remarques, afin qu’elle en tienne éventuellement compte et qu’elle fasse modifier la pièce si nécessaire… ce qui lui assure quelque bonne presse avant la première.
Le public de la première est ravi de cette nouvelle création. La critique encense la pièce, et les grandes signatures — telles André Messager ou Louis Schneider que l’on ne peut soupçonner de complaisance — expriment tout leur enthousiasme quant à la partition d’Yvain. Et de fait, la partition figure parmi l’une des plus sophistiquées et accomplies d’Yvain, depuis l’invention mélodique jusqu’à son orchestration.
Le Daunou accueille l’ouvrage pour 37 représentations, puis Gosse de riche est transféré aux Bouffes Parisiens à partir du 13 juin pour 39 soirées supplémentaires, avant de faire carrière dans les théâtres des arrondissements périphériques (Bouffes du Nord, Théâtre Moncey, Ba-ta-clan, Nouveau Théâtre, Théâtre Montparnassse, Théâtre des Gobelins, Montrouge, Théâtre des Ternes) et totaliser, jusqu’en février 1926 le nombre de 135 représentations. L’oeuvre fut ensuite déclinée en province, et demeura longtemps au répertoire des opéras de région.

La note d'intention

Remonter Gosse de riche en 2017 est d'abord un plaisir : celui de donner à revoir et entendre l’un des joyaux oubliés de la comédie musicale française d’entre-deux guerres, dont la vivacité des dialogues, sur le ton de la comédie de moeurs, le dessin des personnages et la partition racée d’Yvain méritent amplement une résurrection soignée.
La distribution réunit artistes du monde lyrique et du music-hall, et d’ acteurs-chanteurs — une façon d’approcher le type de distribution pour lequel l’oeuvre a été dessinée.
La partition originale de Maurice Yvain a été orchestrée pour un ensemble réduit — le Théâtre Daunou n’ayant qu’une petite fosse d’orchestre — et non un grand symphonique, tel que le matériel d’orchestre existe actuellement. En effet, les créations se faisaient sur parties d’orchestre manuscrites ; puis, en fonction du succès, l’éditeur de l’oeuvre en faisait gonfler l’orchestration pour l ‘exploitation de l’oeuvre en province : la formation d’orchestre était alors conforme aux cadres d’orchestre des théâtres musicaux et opéras municipaux.
Aussi, la re-création de Gosse de riche passe par un « retour aux sources », la restauration de la version originale pour petit orchestre, sous la houlette de Jean-Yves Aizic, expert de ces questions, et directeur musical du spectacle.
La comédie de Falk & Bousquet est batie sur un sujet indémodable et des caractères qui traversent les époques : les parvenus et autres nouveaux riches, les artistes qu’ils commanditent, et les tripoteurs qui font leur fortune sur la bêtise des autres. La pièce croque le milieu de la bourgeoisie et son rapport à l’art contemporain — une critique ironique, parfois délicieusement cruelle, que l’on pourrait s’amuser à plaquer sur nos temps actuels sans qu’elle perde de sa force ni de sa saveur — dans une comédie enlevée, qui rebondit et s’épanouit en de grands éclats de rire.
La pièce sera pour cette production re-située quelque part entre 1955 et 1962 — une époque plus proche de nous que ne le peuvent désormais l’être les années 20, et dont nous possédons encore les codes.

Christophe Mirambeau

  • Ouvrage créé le 2 mai 1924 au Théâtre Daunou
    Durée : 2h30 avec entracte
  • L'équipe artistique

    Direction musicale : Jean-Yves Aizic

    Mise en scène : Pascal Neyron
    Conception & dramaturgie : Christophe Mirambeau
    Chorégraphies : Caroline Roëlands
    Costumes : Daniela Telle
  • La distribution

    Colette PatarinDorothée Lorthiois
    Suzanne PatarinCharlène Duval
    Baronne SkatinkolovitzAriane Pirie
    NaneLéovanie Raud

    André SartèneGuillaume Paire
    Achille PatarinAlexandre Martin-Varroy
    Léon MézaizeOlivier Podesta
  • Orchestre

    Le Frivol'ensemble
  • Du 09/04/17 au 19/04/17

Comptes rendus de presse

La Lettre du musicien

13 avril 2017 - « Une Gosse de riche de Maurice Yvain frivole et parisienne »

La compagnie des Frivolités Parisiennes a encore frappé, en remontant la comédie musicale de Maurice Yvain, Gosse de riche, au théâtre Trévise à Paris (9e). Un bijou vaudevillesque enlevé, jazzy et drôlissime, qui conjure à lui seul toute morosité éventuelle.
[l'auteur revient sur les circonstances de la création puis résume le livret]
Le plateau est admirable, tout comme la direction d’acteurs de Pascal Neyron, si juste et tellement efficace. La baronne d’Ariane Pirie, caricaturale à l’extrême, la voix haut-perchée, outrancièrement maniérée et diaboliquement manœuvrière, est à hurler de rire. La fille Patarin s’incarne merveilleusement dans le charme naturel de Dorothée Lorthiois, espiègle et sensuelle, maligne et tendre avec une pointe de franc-parler et une très jolie voix. Bons chanteurs aussi que Guillaume Paire et Alexandre Martin-Varroy, respectivement Sartène et Patarin, sans oublier la tigresse jalouse, Nane, campée par Léovanie Raud avec beaucoup de chien, Charlène Duval – grand travesti parisien – gauche et potiche à souhait en Madame Patarin, et Olivier Podesta en mari de location, veule et soumis, volontiers masochiste pour peu qu’on l’en dédommage !
Le bonheur sortait aussi de la fosse qui n’en était pas une : installés – à la guerre comme à la guerre – sur les premiers rangs des fauteuils du théâtre et emmenés énergiquement par Jean-Yves Aizic, les musiciens du Frivol’ensemble ont offert deux heures et demie de swing et de délicatesse, servies par une orchestration gourmande. Si le label discographique B Records – lié à la Fondation Singer-Polignac – voulait bien nous permettre de revivre les spectacles des Frivolités parisiennes à la maison, nous en serions comblés !

Clément Rochefort lire l'article complet en ligne

La Croix

18 avril 2017 - « Une Gosse de riche s'invite au théâtre Trévise »

[...] Un répertoire musical à sauvegarder
Dans cette version 2017, transposée à la fin des années 1950, le metteur en scène Pascal Neyron mélange des artistes du monde lyrique et du music-hall. Sur la scène étroite du Théâtre Trévise, la baronne drapée dans ses fourrures tigrées remporte un fier succès en Castafiore conspiratrice. Prenant public et musicien à parti, elle arrange les alliances pour son ultime profit. Ridicules, affûtés, les personnages de Mme Patarin et de l’encombrant faux mari de Nane déclenchent l’hilarité à leur seule apparition. Seul le décor manque un peu de finesse.
La troupe des Frivolités Parisiennes à l’origine de cette joyeuse production s’attache à faire redécouvrir le répertoire de l’opéra-comique, accompagnée par le Frivol’ensemble de Jean-Yves Aizic. L’un après l’autre, les personnages déploient leurs airs et ensembles, en duo, trio… Les répliques espiègles fusent, le téléphone ne cesse de sonner… Le peintre se lamente sur son amour brisé, quand la midinette qui s’est promise à lui arrive en coccinelle.
Un air de fox-trot devient alors l’occasion d’esquisser un, deux, trois pas de danse. L’éclectisme des airs rythme la pièce. Le Figaro des années 1920 [voir ci-dessous, NDWebMaster] avait raison : le livret est toujours d’une belle qualité.

Juliette Démas lire l'article complet en ligne

Forum Opera

21 avril 2017 - « Avec LFP, jamais de ratés ! »

[...] Dirigé avec vigueur par Jean-Yves Aizic, qui officiait déjà au piano pour Yes !, le Frivol’ Ensemble assure dans la fosse (ou plutôt au pied de la scène, à la place des premiers rangs d’orchestre).
Sur la très petite scène du Théâtre Trévise, où le spectacle est arrivé après sa création à Saint-Dizier, port d’attache régulier des Frivolités, le décor est réduit à sa plus simple expression, mais l’on apprécie les charmants costumes de Daniella Telle, qui transportent l’œuvre dans les années 1950 ; le texte utilisé semble d'ailleurs être le fruit d’une révision datant de l’après-guerre, car il inclut quelques allusions qui semblent plus liées aux fifties qu’aux Années Folles, à moins que ces adaptations ne soient l’œuvre du dramaturge Christophe Mirambeau. Dénuée de toute vulgarité malgré la pantalonnade de l’intrigue, la mise en scène fait mouche : elle est signée Pascal Neyron, à qui l’on devait déjà la réussite du Farfadet. Il faut préciser qu’elle s’appuie sur une excellente équipe de chanteurs-acteurs grâce auxquels les dialogues parlés passent comme une lettre à la poste.
Bien sûr, on retrouve ici quelques artistes associés aux Frivolités Parisiennes depuis plusieurs spectacles. Pour une fois, Charlène Duval hérite d’un rôle dénué de toute extravagance, auquel son interprétation donne malgré tout une grande saveur. On est ravi de revoir Olivier Podesta, déjà irrésistible dans Yes !, et qui confère au personnage de Léon Mézaize le maximum de relief. Alexandre Martin-Varroy faisait lui aussi partie de la distribution de Yes ! et l’on apprécie à nouveau son timbre grave dans ce rôle de père dont il n’a pourtant pas l’âge. Applaudie notamment dans la revue Paris Chéries, Léovanie Raud impose une aisance confondante, et une diction qui permet de ne pas perdre une syllabe de ce qu’elle chante.
Les nouveaux-venus ne passent pas inaperçus. Surtout entendue dans un répertoire sérieux (Armida de Haydn, Don Giovanni...), Dorothée Lorthiois possède un timbre d’une délicieuse fraîcheur et une présence scénique ; dommage seulement que son texte ne soit pas toujours totalement intelligible. Simple comparse dans La Grande-Duchesse de Gérolstein adaptée en 2013 par Les Brigands, le baryton Guillaume Paire se montre tout à fait à la hauteur d’une musique plus exigeante qu’il n’y paraît. Mais nous avons gardé le meilleur pour la fin : si l’on ne craignait le risque de blasphème envers les dieux du théâtre, on écrirait que la stupéfiante Ariane Pirie est la réincarnation de Pauline Carton. Extraordinaire baronne Skatinkolovitz, elle fait de chacune de ses interventions un sommet, et l’on n’est pas près d’oublier « Avez-vous compris » ou « Combine », par exemple. Espérons que les Frivolités Parisiennes la réengageront bientôt pour d’autres personnages du même acabit !

Laurent Bury lire l'article complet en ligne

Tony Comédie

13 avril 2017 - « Critique : Gosse de riche, une comédie musicale parisienne »

Gosse de riche est la nouvelle production des Frivolités Parisiennes, compagnie qui nous a habitué à des spectacle de grande qualité ces dernières années. Le petit dernier est-il à la hauteur ?
[l'auteur revient sur les circonstances de la création puis résume le livret]
Pour cette reprise, les Frivolités Parisiennes ont choisi de situer l’action dans les années 50, alors que la production originale se situait dans les années 20. Même si les décors sont un peu cheap et manquent parfois d’esthétisme, la transposition est réussie. Les costumes sont de très bon goût et la mise en scène est à la hauteur. La présence de l’orchestre Frivol’ Ensemble, toujours dirigé par Jean-Yves Aizic, est un gros point fort de la pièce.
Au risque de me répéter, les comédiens de cette troupe sont formidables. Ils disposent d’un potentiel comique que la direction d’acteurs n’hésite pas à utiliser pleinement, pour le plus grand bonheur du public ! On retrouve notamment la belle et talentueuse Léovanie Raud. Quant à Charlène Duval, Ariane Pirie et Olivier Podesta, ils sont hilarants. Leur simple présence sur scène suffit à faire sourir le public. Imaginez l’effet qu’ils font quand ils prennent la parole !
[...] C’est un beau spectacle que j’ai vu au théâtre Trévise hier soir. J’ai beaucoup rit devant ce vaudeville musical et parisien, comme aime à les promouvoir les Frivolités. Surtout, je suis ressorti conforté dans l’idée que la France aussi est une terre de comédie musicale !

Tristan Chavot lire l'article complet en ligne

Musical Avenue

19 avril 2017 - « Critique : Gosse de Riche par les Frivolités Parisiennes au Théâtre Trévise »

[...] Cette nouvelle production, fidèle à la ligne directrice de la compagnie Les Frivolités Parisiennes, prend le parti de revenir à la version originale ainsi restaurée pour petit orchestre. Comme toujours, c'est un bonheur total que d'entendre les talentueux musiciens du Frivol' Ensemble ressusciter ces compositions oubliées, sous la baguette de Jean-Yves Aizic.
La partition de Maurice Yvain fait preuve d'une inventivité savoureuse qui met en valeur des paroles inspirées et riches de sous-entendus sexuels, comme dans le délicieux "On biaise". C'est une vingtaine de chansons entraînantes qui composent la pièce, parmi lesquelles la très accrocheuse "Quand on est chic" dont le thème donne toute son identité à l'ouverture orchestrale.
De cette comédie de mœurs qui n'a pas pris une ride, on retient également des dialogues croustillants à souhait, servis par une distribution de premier choix. Alexandre Martin-Varroy (Yes !) est le parfait exemple du nouveau bourgeois qui ne connaît rien à l'art mais pour qui commanditer le travail d'un peintre est la meilleure démonstration de sa richesse. Ariane Pirie (Je t'aime, tu es parfait… change ! ; Panique à Bord) incarne une baronne de pacotille filoute à souhait. Léovanie Raud (La Belle et la Bête ; Sister Act), dans le rôle de Nane, démontre une fois de plus tout son talent à interpréter les femmes de caractère. Mais c'est dans le second rôle de Léon Mézaize qu'on trouve, en la personne d'Olivier Podesta (Sweeney Todd ; Carousel), une perle de comique qui fait mouche à chaque réplique !

Baptiste Delval lire l'article complet en ligne

Regard en coulisse

20 avril 2017 - « Encore une belle réussite »

[...] Se replonger dans le passé de la comédie musicale française, avec des œuvres de l’entre deux guerres comme ce Gosse de riche, se confirme être un pur délice. Encore faut-il que, à l’instar du travail de titan mené par Les Frivolités Parisiennes et Apéro les grands boulevards, lesdites œuvres soient travaillées avec soin et présentées avec une réelle exigence.
Le public peut soit se divertir avec cette histoire rondement menée où la grivoiserie se dispute la première place avec des rebondissements très moraux (enfin, avec une conception très particulière de la morale, telle que peut la présenter la Baronne, particulièrement dessalée).
Il peut également se régaler en appréciant le ton, le texte (légèrement remanié pour inscrire la trame dans les années 50 pour cette comédie musicale de 1924), une plume particulière, pétillante, spirituelle et savourer une partition fort intéressante, pétrie de références, qui reflète toute une époque.
Et difficile de ne pas savourer cette partition grâce au travail de la vingtaine de musiciens présents. Les protagonistes s’amusent vraisemblablement de ce grand huit où les femmes tiennent la dragée haute aux hommes, cabotinant comme il le faut afin de mieux séduire le public. [...]
La mise en scène, à la scénographie dépouillée mais efficace, joue de tous les codes du genre avec de discrets clin d’œil notamment à Funny Face (l’affiche s’en fait l’écho) et notamment la séquence dans le laboratoire photo du héros. [...]
Autant dire que nous attendons la prochaine production avec hâte et ne saurions que trop vous conseiller d’aller vous amuser à ce Gosse de riche en cas de reprise (vivement souhaitée).

Rémy Batteault lire l'article complet en ligne

Le Figaro

4 mai 1924 - « Les premières »

M. Patarin, nouveau millionnaire, a une femme, une fille et une maîtresse, Nane, qui est, en même temps l’amie d’André Sartène, jeune peintre auquel Patarin vient de commander son portrait. Cette commande lui a été faite par l’intermédiaire d’une certaine baronne Skatinkolowitz, femme de toutes les ressources qui, au taux de vingt pour cent, se charge de tous marchés, transactions, compromissions et arrangements désirés. Patarin, invité à aller passer, avec sa famille, un mois dans le château de la baronne, accepterait volontiers l’invitation, mais se désole à l’idée de se séparer pour un aussi long temps de Nane. Qu’à cela ne tienne ; la baronne lui présente un décavé de sa connaissance, le sieur Mézaize, qui, moyennant une somme modeste, consent à passer pour le mari de la jeune personne ; de cette façon, ce couple provisoire fera partie des invités et, les facilités de la vie de château aidant, Patarin pourra cultiver l’adultère sous les yeux mêmes de sa famille. De son côté, le peintre André Sartène a rencontré dans le monde une jeune femme dont la gentillesse, la beauté et aussi les allures assez libres l’ont séduit, mais à qui il ne pense déjà qu’à peine. Or, le jour même où Patarin doit venir voir son portrait terminé, la jeune femme en question tombe chez Sartène sans être annoncée. Elle a trouvé le jeune homme très à son goût, le lui fait comprendre et lui avoue du même coup qu’elle n’est pas mariée, qu’elle est Colette, la fille de Patarin, et qu’elle est toute prête à l’épouser. Cette idée serait assez du goût de l’artiste, mais caractère indécis et sans volonté, comment osera-t-il rompre avec Nane qui le fait participer largement aux faveurs qu’elle n’accorde qu’avec parcimonie à Patarin ? Une absence faciliterait la chose. Ne peut-il se faire inviter chez la baronne ? Celle-ci y consent volontiers et pour donner une couleur plus vraisemblable à son invitation, obtient pour Sartène la commande des portraits de Mme Patarin, de Mlle Patarin et de toute la famille en groupe. Ce travail doit l’occuper pendant tout le temps de la villégiature. Voilà donc tout le monde réuni au château. L’arrivé de Nane et de Mézaize complique cependant terriblement la situation. Mis en présence de son amie, Sartène ose de moins en moins parler de rupture ; Colette, de son côté, s’étonne des alternatives de passion et de froideur d’André. Elle devine et lui fait avouer qu’il a une liaison ; néanmoins, cela lui semble de peu d’importance puisqu’il lui affirme aussi qu’il ne s’agit que d’une liaison passagère où le coeur n’est pour rien et qui se réglera par une simple lettre de rupture. Tout serait donc au mieux si Colette ne surprenait une conversation entre Nane et son presque fiancé, conversation qui lui donne le droit de croire qu’elle est jouée par celui qu’elle aime. Larmes, désespoir, explosion en présence de son père qui apprend de son côté qu’il est trompé et, au milieu de l’indignation générale, André est prié sans ménagements de quitter la place. Comme toujours, tout s’arrange. Nous nous retrouvons dans l’atelier d’André où arrivent successivement Colette qui a déjà pardonné, sa mère qui va, elle aussi pardonner à l’époux infidèle mais repentant, et la baronne et Mézaize. Ce dernier rend son rôle, celui de mari apocryphe, sans rendre l’argent ; la baronne touchera ses vingt pour cent sur la dot et les jeunes gens partiront pour le paradis de la lune de miel.
Ce résumé très sec ne peut donner qu’une assez faible idée de cette charmante comédie dont les multiples combinaisons sont agencées avec une habileté et une légèreté de main remarquables. Toutes les situations se nouent, se compliquent et se dénouent sans effort. Aucune apparence de travail tant est facile l’évolution des personnages dans des situations aussi complexes, pour ne pas dire compliquées. Tout semble naturel dans une série d’événements dont on ne peut pourtant pas dire qu’ils sont de la vie courante ; MM. Bousquet et Falk ont réalisé un des plus jolis livrets de comédie musicale que je connaisse.
Porté par le sujet, M. Yvain a écrit une partition qu’on peut considérer comme la meilleure de sa production. M. Yvain est tout particulièrement bien doué. Peu à peu sa personnalité se dégage, il semble avoir renoncé (pas encore complètement) aux rythmes américains. Il consent à être lui-même et il s’apercevra bien vite qu’il a tout intérêt à ne plus rien emprunter à des musiques qui ne sont pas de chez nous, alors que son propre fonds est suffisamment riche pour suffire à toutes les demandes. Il y a quantité de morceaux des mieux venus que je ne puis guère citer de mémoire ; tous, fantaisie ou sentiment sont soigneusement et élégamment écrits et dénotent un métier sûr. Il y a au premier acte un trio et au second un septuor qui nous reportent aux traditions de l’opérettes la meilleure.

André Messager

Le Gaulois

5 mai 1924

On ne peut pas demander au critique de prophétiser si telle ou telle pièce obtiendra les deux, trois ou cinq cents représentations rêvées par le directeur de théâtre. Mais il me sera facile de dire à Mme Jane Renouardt, entre les mains de qui reposent les destinées de la bonbonnière Daunou, que le nouveau spectacle, Gosse de riche, est des plus agréable à voir et à entendre. Les trois actes de la comédie de MM. Jacques Bousquet et Henri Falk parlent d’une idée bouffonne et se développent allègrement ; la musique de M. Maurice Yvain est spirituelle, fraiche, bien rythmée ; livret et partition forment un tout élégant et de bon ton, où la verve, même quand elle est grivoise, sait se garder de la trivialité et de la grossièreté [...]
Le dialogue de MM. Bousquet et Falk est soigné ; il est saupoudré de réparties piquantes, il est d’une tournure à la fois imprévue et charmante ; les couplets sont soignés et bien prosodiés ; ils se juxtaposent de la façon la plus heureuse sur la musique.
La partition de Gosse de riche se recommande, je suis très heureux de le constater, par sa continuelle distinction. M. Maurice Yvain a trouvé le moyen d’écrire des fox-trott, une java, des ensembles qui ne nous font pas descendre au niveau du bas café-concert. Il a d’amusantes trouvailles, notamment ce quatuor futuriste du premier acte, qui est construit en forme de jazz-band, mais chanté au lieu d’être mugi par l’orchestre. De même le septuor humoristique des présentations au deuxième acte est conçu de façon fort originale ; Les couplets de Patarin « Quand on est chic », ceux de la Baronne « Avez vous compris ? », le petit fox-trott de Colette « Je suis gosse de riche» ; puis au deuxième acte les couplets de la « combine », ceux de Sartène « On m’a toujours », et enfin au troisième acte les conseils de la Baronne « Quand on est des gens du monde » ; toutes ces pages ont été , les unes entendues avec plaisir, les autres bissées et seront demain populaires. L’instrumentation, qu’à fait valoir M. P. Chagnon, chef d’orchestre, n’a rien de lourd ; et même on peu dire que M. Maurice Yvain a le glissando de trombone discret. Tout dénote dans ces trois actes un réel équilibre, disons le mot, du goût.

Louis Schneider

La Presse

7 mai 1924 – « Gosse de riche »

[...] La partition de M. Maurice Yvain est d’une allégresse enjouée et délicate. Sa verve est tout empreinte, souvenue de mélodie. L’esprit gentiment parodique y côtoie l’invention personnelle, nombreuse, malicieuse, attendrie, s’y marie heureusement. Le septuor du deuxième acte, du plus amusant brio, maints couplets folâtres, burlesques ou sentimentaux, prouvent le souci d’écriture et de métier par lequel M. Maurice Yvain entend étayer son inspiration et sa gaîté spontanées. Voici une soirée où il affirme sa maitrise et son originalité et qui le place au meilleur rang parmi les musiciens susceptibles de rénover et de rajeunir la comédie musicale dont Catulle Mendès, ennemi de la grossière opérette, aux farces sempiternelles et périmées, espérait si fort l’avènement. [...]

Jane Catulle-Mendès