Le Colin-Maillard

Opéra-comique en 1 acte d’Aristide Hignard sur un livret de Jules Verne

Cass'cou !


L'argument

Casimir vit rue aux Ours, à Paris, avec sa sœur Pélagie, une demoiselle approchant la cinquantaine. Celle-ci a juré de ne marier leurs trois nièces Florine, Colette et Brigitte qu'une fois mariée elle-même ! Les trois jeunes filles, avec leurs prétendants respectifs Cyprien, Léonidas et Cotylédon, tentent de hâter ce mariage à l'occasion d'un pique-nique dans le bois de Meudon. L'endroit n'est pas choisi au hasard, c'est le lieu de rendez-vous d'un vieux financier frivole : le Baron de Laverdure. S'organise alors pour se jouer de lui une partie de Colin-Maillard…

Le contexte historique

Créé au Théâtre-Lyrique le 28 avril 1853, Le Colin-Maillard y fut joué 45 fois grâce à une prolongation lors de la saison suivante avant de connaître un oubli de (presque) 160 ans. Amis d’enfance et voisins de paliers, les jeunes Hignard et Verne collaborèrent à plusieurs opéras-comiques. Jules Verne, un temps secrétaire bénévole du théâtre, a vraisemblablement mis la main à plus d’un livret avant de signer – avec Michel Carré, le fameux auteur des Contes d’Hoffmann, de Faust, des Pêcheurs de perles, de Mignon etc. – ceux du Colin-Maillard, des Compagnons de la Marjolaine et de L’Auberge des Ardennes, puis de quitter le monde lyrique pour embrasser la carrière littéraire qu’on sait.
Hignard s’illustra encore quelques années dans les genres légers, cultivant toujours une virtuosité dans l'usage du mélodrame. Après un long silence, il livra finalement un Hamlet visionnaire, partition étonnante qui attend toujours d’être redécouverte.

Les sources

CHAPITRE I
dans lequel on va voir qu’il faut qu’un ou plusieurs spécialistes se substituent aux auteurs pour réactualiser et rendre à nouveau efficaces leurs intentions premières

Quelles traces ont laissées les premières représentations du Colin-Maillard d'Hignard et Verne ? Un matériel d’orchestre contenant force ratures, un livret lacunaire imprimé bien avant la fin des répétitions, une première épreuve du piano-conducteur annotée par le chef d’orchestre, une édition corrigée. De partition autographe, point. Peu d’iconographie et pas la moindre indication de mise en scène. Pour comprendre la cohérence originelle de ces éléments épars, il faut une bonne connaissance du fonctionnement de l’industrie du spectacle au milieu du XIXe siècle, un sens aigu du rôle de chacun des acteurs étant intervenu dans la création et une solide expérience pratique du répertoire français.
Il s’agit de lire par comparaison avec d’autres exemples contemporains les ressorts plus ou moins cachés d’un canevas alliant texte, vocalité et orchestration tel qu’il fut proposé aux créateurs. Quels modèles, quelles contraintes et quels espaces de liberté existent pour l’interprète, quels ajouts sont implicites ? Ce constat établi, il faut encore envisager son incarnation par des musiciens de notre temps et à destination du public d’aujourd’hui.
Ceci implique non seulement de maîtriser les techniques de jeu et de chant de l’époque mais de savoir en transmettre la substantifique moelle à des acteurs-chanteurs formés tout autrement.

PG

Note d'intention

Le Colin-Maillard exalte l’univers du jeu, un dimanche, lors d’une partie de campagne. Création d’un Jules Verne de vingt-cinq ans, le livret respire gaieté et légèreté. Plusieurs personnages sortent à peine de l’enfance, et j’ai souhaité laisser affleurer cette fraîcheur au fil des péripéties.
Mais sous les roses dorment des soucis… La jeune génération qui désire s’émanciper se heurte à des aînés autoritaires ; les revendications, avec oppositions de classes sous-jacentes, fusent tout au long de la pièce avant un happy end conclusif. Ces tensions donnent à l’œuvre des couleurs tantôt dramatiques, tantôt sentimentales ou lyriques, mélange propre au genre de l’opéra-comique. C’est un kaléidoscope mêlant émotions et traits spirituels, sourire et colères, terreurs et passages bouffes, et même allusions plus libertines ; autant de directions entre lesquelles j’ai cherché à trouver un juste milieu.
La scénographie stylise une clairière pouvant devenir espace de jeu, tout en recréant une atmosphère de gaieté printanière. Les costumes accompagnent le jeu des couples de façon atemporelle, plutôt que selon une réalité historique ou une transposition contemporaine. La mise en scène vise une certaine lisibilité, afin de rendre justice à cette œuvre méconnue, en toute fidélité. Le travail de direction d’acteur fait ressortir les types des personnages, sans les outrer, et recherche aussi leur individualité et leur psychologie : mon but a été de retrouver les types du XIXe siècle, tout en se sentant au XXIe siècle.

Charlotte Loriot

  • Du 27/03/2013 au 11/08/2013
  • Ouvrage créé au Théâtre-Lyrique le 28 avril 1853
    Durée : 1h15 sans entracte
  • L'équipe artistique

    Direction musicale : Alexandra Cravero
    Etudes musicales : Pierre Girod
    Chef de chant : Nicolas Royez
    Gravure musicale : Camille Pépin et Gabriel Bourgoin

    Mise en scène : Charlotte Loriot
    Assistant : Benjamin Pintiaux
    Scénographie : Maxime Pécourt et Clémence Joly
    Costumes : Émilie Largier
    Maquillage : Amandine Cauquil
    Régie : Antoine Breny
  • La distribution

    Le Baron de LaverdureÉmilien Hamel
    Pélagie BonneauMarie-Paule Bonnemason
    Casimir BonneauNicolas Drouet

    LéonidasBenjamin Mayenobe
    CotylédonRomain Pascal
    CyprienAntoine Jomin

    ColetteValeria Altaver
    BrigitteAnnastina Malm
    FlorineClémentine Decouture
  • Les instrumentistes

    Violon soloSimon Milone | 1ers violonsVincent Brun - Fiona Monbet | 2nds violons Noémie Roubieux - Camille Verhoeven | AltosHélène Barre - Julien Lo Pinto | VioloncelleMyrtille Hetzel | ContrebasseSylvain Courteix | FlûteJulie Huguet | HautboisThomas Molinari | ClarinetteMathieu Franot | BassonBenjamin El Arbi | CorDavid Moulié | TrompettePierre Marmeisse | TromboneMarc Abry | Trombone basseVincent Radix | Timbales et percussionsLucas Coudert

Comptes rendus de presse

La Lettre du musicien

10 août 2013

[…] Le livret tient en peu de mots : Pélagie, une demoiselle respectable mais un peu mûre, s’est juré de ne marier ses trois nièces qu’une fois qu’elle aurait elle-même trouvé chaussure à son pied. Les jeunes filles et leurs prétendants vont tout faire pour hâter un mariage improbable, un pique-nique au bois de Meudon devant permettre une fructueuse rencontre… L’intrigue est sans prétention, la musique de même, qui enchaîne airs et duos vifs et enjoués. Encore qu’elle soit parfois nettement plus élaborée comme dans un septuor fort bien troussé. L’œuvre ne vise qu’au divertissement et y atteint parfaitement. On passe 1h20 de pur plaisir, d’autant que la mise en scène (Charlotte Loriot), elle aussi alerte, sert efficacement le propos en privilégiant la direction d’acteurs, alors que le décor est réduit à sa plus simple expression. Dans la fosse, un orchestre de 18 musiciens est dirigé avec enthousiasme par Alexandra Cravero.[…]

Le rôle le plus exigeant est sans doute celui de Pélagie, superbement servi par la mezzo Marie-Paule Bonnemason, qui vocalise avec facilité et fait preuve d’un bel abattage sur scène. Parmi les soupirants des nièces, le baryton Benjamin Mayenobe s’impose par le mordant de son timbre, tandis que des nièces se distingue Valeria Altaver au soprano bien conduit. Une mention aussi pour le ténor Nicolas Drouet, remarquable comédien, qui fait du frère de Pélagie un benêt à l’irrésistible accent paysan. Bravo donc aux Malins Plaisirs pour avoir déniché ce joli spectacle.

Philippe Thanh

La Voix du Nord

13 août 2013 – « Les Malins plaisirs ont joué à Colin-Maillard »

Cela faisait longtemps que les Malins plaisirs n’avaient pas reçu un orchestre lors d’un opéra-comique. Ce fut chose faite, dimanche au théâtre avec la représentation de Colin-Maillard, opéra en un acte d’Aristide Hignard, sur un livret de Jules Verne et Michel Carré. Dès les premières notes, on remonte le temps avec légèreté pour un déjeuner sur l’herbe. L’histoire ? Pélargie a juré de ne marier ses trois nièces qu’une fois mariée elle-même. Les trois jeunes filles et leurs prétendants tentent de hâter le mariage lors d’un pique-nique dans le bois de Meudon, lieu de rendez-vous du baron de Laverdure. Pris dans le jeu de colin-maillard, il retombe dans les bras de Pélargie, son amour passé de vingt ans et tout le monde peut convoler en juste noce. Ils sont neuf chanteurs lyriques de 25 à 35 ans de la compagnie des frivolités parisiennes. Ils ont choisi le répertoire injustement oublié de l’opéra-comique français du XIXe siècle. Le livret virevoltant de Jules Verne et la musique d’Aristide Hignard, vive et pétillante, leur permettent de donner libre cours à leur talent autant qu’à leur fantaisie. La salle conquise a offert une salve d’applaudissements aux comédiens.