L'Ambassadrice

Opéra-comique en 3 actes de D.-F.-E. Auber sur un livret d'Eugène Scribe

Aux beaux arts, à mes premiers succès, fidèle à jamais


Résumé de l'intrigue

L’intrigue naît dans les coulisses de l'Opéra de Munich : Henriette, jeune cantatrice aussi douée artistiquement que jeune et espiègle, se laisse enlever par l’ambassadeur de Prusse sur sa simple promesse de l’épouser. Mais la parvenue déchante bien vite au contact de la Cour et de ses beauxparents : c’est alors qu’elle se souvient des avances du ténor de la troupe, le jeune Bénédict, et songe à retourner sur les planches… d’autant que sa rivale Charlotte est à son tour courtisée par le frivole ambassadeur !

Contexte de création

À la fois amis et proches collaborateurs, auteurs prolifiques, Auber et Scribe forment l’un des grands duos à succès du monde dramatique du XIXe siècle. Scribe, qui passe pour être l’inventeur de la « pièce bien faite », évolua des théâtres de Boulevard à l’Académie. Il fut sans doute l’un des artistes les plus doués de son époque pour inventer des vers sur une partition déjà écrite, ou pour s’adapter aux formes lyriques. Quant à Auber, épicurien et spirituel, ennemi de Berlioz, amoureux du Paris de son temps, auteur de non moins de 47 ouvrages lyriques, il fut l’un des compositeurs les plus fêtés à l’Opéra-Comique et dans toute l’Europe de l’époque. Son style gai, brillant, piquant, ainsi que ses chants et ses motifs légers, ne procurent qu’une envie : les fredonner à la sortie du théâtre ! Créée à l’Opéra-Comique en 1836, L'Ambassadrice été jouée pratiquement sans interruption jusqu’en 1873.

Note d'intention

La pièce offre un vertigineux étagement de situations pour la voix : tantôt l'on parle, tantôt l'on discute en musique, tantôt l'on se chantonne un air en préparant son costume, ou bien encore on donne un cours de chant à sa belle-sœur et, pour finir, on fait de l'opéra dans l'opéra. Ressusciter L'Ambassadrice d'Auber et Scribe implique dès lors de réinventer une adéquation du verbe, de la musique et du geste, de réactualiser une école de chant français par un retour aux principes de sa vitalité. Comme au XIXe siècle, la partition est donc considérée comme un canevas proposé au créateur du rôle, à ajuster au nouvel interprète qui s'en empare. Entre tradition et renouvellement, notre entreprise louvoie.
Le temps du spectacle, la scène devient une gigantesque coulisse où la bizarre faune du théâtre s’anime en une savoureuse galerie de personnages. C'est une série de gravures prenant vie pour un soir : un jeune ténor amoureux, une prima donna, un impresario cupide, un courtisan volage… On vient sur scène, on endosse un rôle, il n’est pas question de se marier pour de vrai mais bien de célébrer l'art lyrique, et d’y être, selon le souhait d'Henriette au troisième acte, « fidèles à jamais ».

Pierre Girod & Léa Oberti

  • Du 04/01/2013 au 16/02/2014
  • Ouvrage créé à l'Opéra-Comique le 21 décembre 1836
    Durée : 2h30 avec entracte
  • L'équipe artistique

    Direction musicale : Mathieu Romano
    Etudes musicales : Pierre Girod
    Chef de chant : Nicolas Royez

    Mise en scène : Charlotte Loriot
    Assistante : Léa Oberti
    Scénographie & costumes : Aurélie Thomas
    Assistante : Magali Angelini
    Création lumière : Jean-Christophe Leroux
  • La distribution

    HenrietteMagali Léger
    CharlotteEstelle Lefort
    BénédictJean-François Novelli
    FortunatusGuillaume Paire ou Christian Rodrigue Moungoungou
    Le duc de ValbergChristophe Crapez
    La comtesse Augusta de FierschembergDorothée Thivet
    Mme BarneckLaure Ilef
    Doublure HenrietteVéronique Housseau
    Doublure CharlotteAngéline Le Ray
  • Les instrumentistes

    Violon soloSimon Milone | 1ers violonsDavid Naulin - Pauline Vernet - Pierre-Yves Denis | 2nds violonsThibaut Maudry - David Bahon | AltosHélène Barre - Marine Gandon | VioloncellesMarlène Rivière - Armance Quéro | ContrebasseSylvain Courteix | FlûteJulie Huguet ou Julien Verne | HautboisThomas Molinari ou Sylvain Dervaux | ClarinetteMathieu Franot | BassonBenjamin El Arbi | CorClément Charpentier-Leroy ou Yun-Chin Gastebois | TrompetteAdrien Ramon | TromboneLucas Perruchon ou Marc Abry | OphicléidePatrick Wibart | Timbales et percussionsLucas Coudert | Harpe de scèneChloé Ducray

Comptes rendus de presse

Concertclassic

08 Janvier 2013 – « L’Ambassadrice d’Auber à L’Alhambra – Délicieuse résurrection »

Vive les petites compagnies lyriques ! En l’espace d’une bonne quinzaine de jours, Paris a pu coup sur coup se régaler de trois spectacles aussi séduisants qu’aboutis : le doublé offenbachien Croquefer/Île de Tulipatan des Brigands à l’Athénée (qui se prolonge jusqu’au 13 janvier), le Hänsel und Gretel de la Péniche Opéra à l’Espace Cardin et, pour trois dates le week-end passé, L’Ambassadrice de Daniel-François-Esprit Auber à L’Alhambra. On est d’autant plus heureux de saluer cette dernière entreprise qu’elle constitue le tout premier spectacle d’une jeune compagnie née en 2012, Les Frivolités parisiennes, dont on doit la fondation à deux musiciens passionnés de musique légère : Benjamin El Arbi et Mathieu Franot.
Le succès repose d’abord sur le choix d’une rareté qui méritait amplement d’être exhumée – à en juger par la fréquentation de la première, elle a attisé la curiosité du public. Directeur du chant des Frivolités parisiennes, Pierre Girod a épluché bien des partitions d’Auber avant de jeter son dévolu sur L’Ambassadrice, opéra-comique en trois actes. De sa première en 1836 à la chute du Second Empire l’ouvrage connut un beau succès ; la présence d’un ambassadeur de Prusse parmi les sept personnages explique que les choses changèrent du tout au tout par la suite.
Musique charmeuse et efficace au service d’un livret bien troussé de Scribe, L’Ambassadrice conserve force atouts près de deux siècles après sa création. Sous des dehors légers et insouciants on y loue la supériorité du talent et de l’art sur l’argent et les titres avec pour morale l’histoire ces paroles du personnage principal, Henriette : « Pour sa gloire et pour son bonheur la véritable artiste ne doit jamais cesser de l’être ». Livret séduisant aussi car il comporte des moments de théâtre dans le théâtre (la répétition du duo au I, l’Acte III situé dans une loge d’opéra), de musique dans la musique (la « leçon de chant » de la raide comtesse à Henriette au II) : matériau de rêve pour un metteur en scène imaginatif. Forte de solides études musicales et musicologiques, fine connaisseuse du répertoire de l’opéra-comique, la jeune Charlotte Loriot aura été la femme de la situation si l’on peut dire. Pour ce tout premier spectacle des Frivolités parisiennes, elle signe (dans une scénographie aussi simple qu’habile d’Aurélie Thomas), une mise en scène vivante mais jamais inutilement agitée. Les choses drôles et légères demandent du sérieux : on ne voit pas passer les deux bonnes heures que dure l’ouvrage tant cela est bien mené, drôle et sensible ; en un mot futé.
Charlotte Loriot dessine fermement les caractères de ses personnages sans jamais rien d’outrancier. Fine équipe que celle réunie pour le retour de L’Ambassadrice sur une scène parisienne : la délicieuse Henriette de Magali Léger déploie agilité vocale et fraîcheur face au Bénédict tendrement amoureux de Jean-François Novelli. Entrée en haut de forme, lunette noires et long manteau à revers de fourrure : le duc de Valberg (l’ambassadeur) de Christophe Crapez ne passe pas inaperçu et montre le ténor composant un personnage plus complexe que le rôle ne le laisse a priori supposer. Le chaleureux mezzo de Laure Ilef trouve un emploi idoine en Mme Barneck, sympathique tante d’Henriette, tandis qu’Estelle Lefort compose une Charlotte pincée, idéalement jalouse de l’héroïne. Dorothée Thivet feint avec art la raideur de la comtesse Augusta, tandis que Guillaume Paire possède la voix et la présence exubérante requises pour Fortunatus, l’Italien directeur de théâtre.
A la tête de l’Orchestre de Frivolités parisiennes (un vingtaine de musiciens parmi lesquels Mathieu Franot tient la clarinette et Benjamin El Arbi le basson) ; Mathieu Romano démontre que son talent ne se limite par à la direction de l’excellent Chœur Aedes, fondé par ses soins en 2005. Il mène la musique d’Auber avec une finesse, un plaisir, un entrain et une attention au plateau qui démontre sa connaissance des voix. Quant aux mines complices de ses instrumentistes, elles disent l’enthousiasme des belles aventures qui commencent…
On n’aura pas le mauvais goût d’ergoter sur quelques petits détails de « réglage », inévitables pour ce qui est la « première des premières » des Frivolités parisiennes, ni sur l’acoustique mate d’une salle qui aura permis à la jeune compagnie de faire ses débuts à Paris. Une seul regret : vous parler de cette Ambassadrice alors qu’elle a déjà quitté la scène de L’Alhambra. Mais on ne doute pas que cette production aura su éveiller l’intérêt de responsables de théâtres ou de festivals curieux et qu’on la retrouvera bientôt ailleurs.
Prochaine production des Frivolités parisiennes : Le Colin-Maillard, opéra-comique d’Aristide Hignard sur un livret de Carré et Jules Verne, les 27, 28 et 29 mars à Amiens (Espace Jacques-Tati). Vive la curiosité ! Alain Cochard

La Croix

À l’Alhambra, la compagnie des Frivolités parisiennes a redonné vie à cet opéra-comique d’Auber et Scribe créé en 1836 et jamais rejoué depuis un siècle et demi.

Un duc ambassadeur de Prusse et sa cour, une diva et son cortège lyrique, un orchestre de plus de vingt instruments, une scène se transformant en mansarde munichoise, en salon aristocrate puis en luxueuse loge d’opéra, et un parterre de spectateurs comble à faire pâlir d’envie bien des musiciens « actuels »… Rarement la salle parisienne de l’Alhambra ne fut à pareille fête. Du 4 au 6 janvier, ce haut lieu d’ordinaire offert au jazz et au rire, à la chanson et au spectacle pour enfants, s’est mis sur son trente-et-un pour accueillir la renaissance d’un opéra-comique.
Une œuvre fort célèbre il y a cent cinquante ans, tombée dans l’oubli depuis : L’Ambassadrice, pièce en trois actes d’Auber (Daniel-François Esprit, de son prénom) sur un livret d’Eugène Scribe. L’initiative qui a permis d’exhumer cette œuvre, qui tint l’affiche de la salle Favart du règne de Louis Philippe aux prémices de la Troisième République, est le fait des Frivolités parisiennes, une compagnie non dénuée de talents, et très jeune dans tous les sens du terme : c’est là sa première production, et la moyenne d’âge de ses musiciens, tous professionnels, avoisine la trentaine.

MUSIQUE JOYEUSE ET MAGNÉTIQUE
D’emblée, lorsque l’orchestre prend place, vêtu qui d’une veste écossaise, qui d’une tenue plus dévolue habituellement aux night-clubs qu’à l’opéra, il est clair que le frivole s’exprime ici jusque dans les fibres. Et qu’on est allé sérieusement exhumer une œuvre pour la restituer impeccablement, mais sans se prendre au sérieux… Bientôt s’éteignent les lumières, avant que Mathieu Romano, chef d’orchestre de 28 ans, laisse s’envoler les premières notes, libérées après un siècle et demi de silence. Elles sont d’emblée mélodieuses, fluides et caressantes. Joyeuse et magnétique, la musique de chambre attrape son auditoire avant même l’ouverture du rideau sur un décor de chambre mansardée à Munich, chez Mademoiselle Henriette, « prima donna » d’une troupe d’art lyrique. Tandis que sa tante, Madame Barneck, examine les billets doux reçus par la fraîche et brune jeune fille, Henriette, qu’incarne formidablement la pimpante Magali Léger, chantonne gaiement. À l’inverse, Madame Barneck, une langue bien pendue, se répand en compagnie de Charlotte, la blonde rivale d’Henriette, au sujet d’un secret admirateur présent chaque soir au spectacle… La suite donnera lieu à de beaux rebondissements : Henriette, poussée par sa tante, succombera aux belles promesses de l’admirateur (qui se révélera duc et ambassadeur de Prusse) avant de découvrir que les convenances imposées par son nouveau rang ne lui conviennent pas. L’esprit volage du diplomate l’aidera à se décider à rompre ses engagements pour retrouver le fil de sa vie artistique, lors d’une scène finale particulièrement bien menée. À mesure que l’intrigue se déploie, l’oreille s’habitue aux « r » qui roulent, aux cris de comédie, à l’alternance de dialogues parlés et chantés – ces derniers nécessitant souvent une technique de haut niveau.

ADÉQUATION DU VERBE, DE LA MUSIQUE ET DU GESTE
La frêle Magali Léger, par ses facilités vocales et sa capacité « à mettre en adéquation le verbe, la musique et le geste », selon les mots du directeur du chant Pierre Girod, domine – un peu trop ? – ses partenaires, sans doute. Mais le spectateur prend tout de même un réel plaisir à voir apparaître l’un après l’autre les différents personnages : l’exubérant Fortunatus, impresario pseudo-italien de la troupe auquel le baryton Guillaume Paire offre une belle présence, le ténor Benedict, amoureux transi de la belle Henriette, joué par un Jean-François Novelli hélas pas au mieux – il s’en est excusé avant le lever de rideau – et encore l’étonnant ambassadeur – sous les traits de l’expérimenté Christophe Crapez –, ou sa sœur, la comtesse Augusta de Fierschemberg, jouée par une Dorothée Thivet assez convaincante. Tout ça pourrait sentir son époque révolue. Toutefois la mise en scène de Charlotte Loriot et le travail sur les costumes d’Aurélie Thomas apportent les touches nécessaires pour rappeler que jouer en conformité avec le XIXe siècle n’empêche pas de se sentir du XXIe… Henriette et Charlotte reforment à leur manière le duo de la brune foudroyante et de la blonde explosive (immortalisé par Marilyn et Jane Russell dans les « Hommes préfèrent les blondes »), et Fortunatus s’amuse dans la tradition des figures excentriques de l’opérette (Dario Moreno n’est pas loi !). De leur côté, le duc, affublé de lunettes noires, d’une ample chevelure crépue, d’un couvre-chef et d’une veste à fourrure, et la comtesse, coiffée et maquillée en héroïne gothique, témoignent de la frivolité bien contrôlée qui anime déjà la jeune compagnie, dont on suivra avec intérêt les productions à venir. En attendant, celle-ci devrait partir en tournée au cours de l’année et aller en se bonifiant. À ne pas manquer.

Jean-Yves Dana

Forum Opéra

10 août 2013

« A la recherche du genre perdu »

Autant les codes d’interprétation et de représentation des opéras baroques sont aujourd’hui globalement déchiffrés, autant ceux des opéras-comiques du XIXe siècle attendent de l’être. Dans ce travail d’archéologie musicale, chaque découverte compte. L’Ambassadrice en est une. Créé en 1836 à Paris, l’ouvrage avait disparu de l’affiche depuis 1873. L’auteur du livret, Eugène Scribe (1791-1861) est une des figures de proue du théâtre français de l’époque. Le compositeur, Daniel François Esprit Auber, (1782-1871), appartient à cette lignée de musiciens dont on prend souvent à tort l’élégance pour de la légèreté. Leur association a fait tinter les tiroirs-caisses des théâtres parisiens. Citons ne serait-ce que La Muette de Portici, cet opéra que Wagner trouvait « plein de chaleur et de feu et intéressant jusqu’à enthousiasmer ».

Moins connue, L’Ambassadrice raconte l’histoire d’Henriette, prima donna de l’Opéra de Munich adulée du public, qui renonce aux planches pour épouser l’ambassadeur de Prusse, le duc de Valberg, avant de réaliser combien elle faisait fausse route et d’abandonner toute idée de fortune et de mariage pour se consacrer entièrement à son art*. Charmante histoire qui ne se contente pas d’être bien ficelée : tous les personnages possèdent une épaisseur dramatique ; fantaisie, satire et sentiments se confondent selon une recette bien française ; et le procédé du théâtre dans le théâtre sur lequel repose le dernier acte n’est pas si fréquent à l’opéra. Le deuxième acte avec sa leçon de chant, son trio et son duo mélancolique rappelle l’un des fleurons du genre, La Fille du régiment. On peut d’ailleurs s’amuser à établir une correspondance entre Henriette et Marie, Benédict et Tonio, Fortunatus et Sulpice, la comtesse de Fierschemberg et La Marquise de Berkenfield ; correspondance trop évidente pour qu’il n’y ait pas eu, sinon imitation du moins inspiration, de la part de Donizetti et ses librettistes.

Musicalement, la partition comprend plus d’ensembles que d’airs. Sans posséder la dimension parodique que les répétition et représentation d’opéra à l’intérieur de la pièce rendaient possible et dont un compositeur comme Offenbach aurait fait son miel, la musique est d’un caractère égal avec de nombreuses richesses mélodiques. L’écriture, savante, se pose à cheval entre le style galant du siècle précèdent et Rossini dont l’influence est perceptible à travers la virtuosité requise et certaines formules rythmiques.

En exhumant un tel ouvrage, conçu pour des interprètes rompus à ce répertoire en un temps où le genre faisait florès, Les Frivolités Parisiennes n’ont pas choisi la facilité. Il reste beaucoup à prospecter pour retrouver ces codes perdus que nous évoquions plus haut. La metteuse en scène, Charlotte Loriot, commence ici à mettre en application le fruit de ses recherches sur la scénographie de l’époque sans que l’on en perçoive encore clairement les caractéristiques. A noter l’utilisation astucieuse du rideau de scène au 3e acte pour figurer le théâtre où se déroule l’action. La distribution, équilibrée, comprend des chanteurs venus d’horizons différents. Jean-François Novelli, Bénédict attachant, est un passionné de musique baroque, qui a remporté le premier prix du concours Sinfonia en 1997 avec Patricia Petibon et l’ensemble Amarillis. Christophe Crapez (Le Duc), transfuge de la Compagnie Les Brigands, a pas mal roulé sa bosse du côté d’Offenbach. On ne présente plus Magalie Léger (Henriette), nommée dans la catégorie « Révélation » des Victoires de la Musique en 2003, qui a beaucoup œuvré pour le répertoire français, au sens large, en tant que soprano léger et dont la voix semble avoir gagné en lyrisme ce qu’elle a perdu en facilité dans l’aigu. Il y a aussi de jeunes talents en devenir : le baryton sonore et timbré de Guillaume Paire (Fortunatus) et Estelle Lefort (Charlotte) dont on avait déjà remarqué le tempérament dans Mon Bel Inconnu Salle Favart en janvier 2011. Autant de styles qui demanderaient à se fondre en un seul pour retrouver les fondements d’une école de chant dont la virtuosité et l’art d’orner sont deux des composantes, inspiration rossinienne oblige. Autre élément essentiel, la prononciation pourrait être encore plus affirmée. Mais l’effort pour négocier avec le plus de naturel possible le passage du parler au chanter, l’un des écueils du genre, est déjà remarquable. A la direction d’orchestre, Mathieu Romano fait preuve d’un métier certain : pas de décalage malgré la complexité des ensembles, une attention de chaque instant aux chanteurs et dans sa lecture de la partition, un entrain qui nous donne à ressentir tout ce que cette musique contient de promesses. Souhaitons que Les Frivolités parisiennes transforment ce joli coup d’essai pour une prochaine fois toutes les tenir.

* Le premier acte voit Henriette dans sa loge répéter son prochain opéra, sous l’œil bienveillant de sa tante Mme Barneck. Auprès d’elle se pressent ses amis, le ténor Bénédict et la coquette Charlotte, ainsi que leur imprésario Fortunatus. Demandée en mariage par son plus fidèle admirateur, Henriette hésite puis accepte dès qu’elle apprend le titre et la fortune de son prétendant. Il s’agit du Duc de Valberg, l’ambassadeur de Prusse. Le deuxième acte nous transporte à Berlin. En attendant l’autorisation royale d’épouser son amant, Henriette chaperonnée par sa future belle-sœur, la comtesse August de Fierschemberg, se morfond. L’Ambassadeur est en mission depuis 3 mois à Vienne et la jeune femme, recluse dans son palais, doit, pour ne pas le compromettre, faire croire qu’elle est issue de la plus noble extraction. Il lui est même interdit de faire de la musique. Peine perdue, l’arrivée inopinée de ses anciens camarades, en tournée à Berlin, vient révéler la supercherie. Entretemps, Charlotte est devenue prima donna et le duc, dont la frivolité n’a d’égal que le rang, la courtise de manière éhontée. Accablée, Henriette décide de se venger. Le dernier acte se passe à l’opéra. Charlotte, prétextant un enrouement pour ne pas chanter, a rejoint en cachette le duc dans sa loge. L’annonce de son remplacement par une soprano venue de Paris suscite la curiosité. C’est Henriette qui a repris sa place de prima donna et que le public acclame. En la revoyant sur les planches, l’amour du Duc renait. Trop tard, la cantatrice a compris la leçon. Elle abandonne toute idée de fortune et de mariage pour se consacrer entièrement à son art.

Christophe Rizoud

Musicaeterna

« L’Ambassadrice, l’opéra dans l’opéra de Daniel Auber »

Le procédé de mise en abyme est la principale force de cet ouvrage, et son véritable moteur comique : la scène où Henriette (Magali Léger) et Bénédict (Jean-François Novelli) répètent leur duo d’amour est particulièrement drôle ; le ténor, fou amoureux de la prima donna, se laisse complètement envahir par ses sentiments, et transmet sa passion à son personnage, n’arrivant plus à se contrôler sur scène. Une autre séquence, plus drôle encore, est lorsque Henriette accepte de recevoir un cours de chant de sa belle-soeur, une dame de l’aristocratie très à cheval sur le respect des rangs (et qui maudit, par conséquent, les artistes…) et qui ne sait rien du passé d’artiste de la cantatrice… Henriette feint de ne pas savoir chanter, mais se laisse trahir à de brefs instants, emportée par le plaisir retrouvé des vocalises volatiles… Alternant airs et ensembles, dialogues parlés ou chantés, l’Ambassadrice est un régal pour les oreilles, et bénéficie ici d’une mise en scène sans excès de Charlotte Loriot, qui a souhaité retrouver l’esprit de l’époque, tout en s’accordant quelques libertés, dans la gestuelle des interprètes notamment. Côté interprètes, Magali Léger incarne une superbe Henriette, la plus sollicitée vocalement, et on savoure l’excellent jeu théâtral de Guillaume Paire, dans le rôle de Fortunatus. Une mention spéciale aussi pour Laure Ilef, la jeune mezzo très à son aise dans la peau de Mme Barneck, tante hystérique d’Henriette, sans oublier la soprano Estelle Lefort et sa flamboyante robe rouge dans le rôle de Charlotte, une cantatrice amie d’Henriette. Une belle brochette habillée par les superbes costumes d’Aurélie Thomas, tous bien soutenus par le pétillant orchestre des Frivolités Parisiennes, dirigé par le jeune et talentueux Mathieu Romano (par ailleurs chef de l’ensemble vocal Aedes). Un beau spectacle d’insouciance pour commencer 2013 la tête légère, avant que ne démarrent les célébrations des tragédiens Verdi et de Wagner, dont on célèbre cette année le bicentenaire de la naissance…

Richard Holding